SAINT BONAVENTURE 1217 - 1274
Samedi 7 avril 2012 matin
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SAMEDI SAINT

ESSAI DE COMMENTAIRE

C’est un des trois sermons avec le 18 pour le Jeudi Saint (que nous avons vu) et le 20 pour le Vendredi Saint "où Bonaventure traite du mystère pascal sur un mode théologique très personnel ." "Ces trois sermons pour les jours saints forment un ensemble très cohérent sur le mystère pascal. Bonaventure rejoint ce qu’il a pu écrire dans le De Triplici Via et l’Itinerarium mentis in Deum. La croix révèle le mystère de l’amour "

Ce sermon est légèrement plus court que les sermons qui le précèdent : 210 lignes seulement pour 290 pour celui du Jeudi Saint et 365 lignes pour le deuxième sermon du Vendredi-Saint.
Il n’y a pas de prothème à ce sermon, on entre directement dans le thème à la différence des sermons du Jeudi Saint et du Vendredi-Saint. Il reprend bien entendu le même verset thématique que celui des deux autres sermons : Mt 11, 28.
Le plan n’est pas indiqué dans un § particulier ; il est simplement évoqué à la fin du §1. Le thème du repos, contenu dans le verset thématique de Mt 11, 28, est présenté dans la dernière phrase : " Ce repos commence dans le premier, il progresse dans le second, il atteint sa perfection dans le troisième, il est éternel dans le quatrième." Ce sont les quatre stades évoqués à la phrase précédente :

§ les quatre stades Ecriture
2 l’exercice [des vertus] Ex 20, 9-10 ; Ps 14, 1-4
3 le gémissement d’un repentir amer Is 64, 6 ; Ps 54, 7
4 le repos de la contemplation Dt 33, 12
5 la récompense de la rétribution éternelle Ap 14, 13

§2 Premier stade : l’exercice des vertus.

A partir d’Ex 20, 9-10 Bonaventure pose une équivalence entre les six jours de travail et les six vertus à pratiquer. Il trouve celles-ci au Ps 14, 1-4. Si ces versets donnent une vue d’ensemble sur les vertus, il faut reconnaître que les six vertus ne sont pas clairement identifiées ni rattachées à une vertu. L’ensemble du développement n’apporte pas plus de lumière. Il y a bien un enchaînement entre l’action au prochain, la justice et la vérité pour arriver à l’innocence (l. 49 à 54). Finalement on ne retrouve bien les six vertus qu’à la fin du §2 après la citation de Ps 94, 11 : vertu, sainteté, justice, vérité, innocence et charité. C’était à peu près la liste que nous avions à la ligne 45.

§2 Deuxième stade : le gémissement d’un repentir amer

Pour introduire à ce gémissement Bonaventure commence par affirmer que l’homme trébuche ou dévie ; en effet ses œuvres sont de peu de valeur. Il aime bien citer à ce propos Is 64, 6 qu’il a déjà cité dans son sermon de la Septuagésime . Le Ps 54, 7 permet à Bonaventure d’évoquer la colombe qui cherche le repos. Pour par parvenir au repos il faut que tu aies six ailes qui sont : la pudeur, la crainte, la douleur, la clameur, la rigueur et l’ardeur. Bonaventure explicite chacune de ces ailes par un verset de l’Ecriture. Le repos s’exprime par Mt 9, 2.

aile Ecriture
la pudeur Jr 3, 3 ; Jr 31, 19
la crainte 1P 4, 18 ; Jb 9, 28
la douleur Mi 4, 10
la clameur Ps 37, 9 ; 87, 2
la rigueur Ps 37, 18
l’ardeur Ct 2, 3

§3 Troisième stade : le repos de la contemplation

Bonaventure évoque les figures de Benjamin et de Jacob. Cette figure est importante à cause du chiffre 7, comme les 7 années de travail. Bonaventure en profite pour décrire les 7. Pour les quatre premiers degrés, Bonaventure ne dit rien de particulier. Il lie le cinquième avec Ex 24, 12. Il développe particulièrement le sixième avec des citations du Cantique (3, 4 ; 2, 6 etc.). Le septième degré est mirs en relation avec Si 24, 11.

§4 Quatrième stade : la récompense de la rétribution éternelle

Le vrai repos est celui de la résurrection éternelle. C’est Is 32, 18 qui décrit le mieux aux yeux de Bonaventure ce repos que sera la résurrection éternelle.

SAMEDI SAINT

Ce sermon est le vingt et unième des Sermones de Diversis édités par J.G. Bougerol, nouvelle édition critique par J.G. Bougerol, les éditions franciscaines, Paris, 1993. Il a été édité dans les Opera Omnia, Quaracchi, 9, 267a-270a. C’est le premier sermon du Samedi-Saint. Ce n’est pas le sermon qui fait aux sermons du Jeudi et Vendredi Saints, datés eux, respectivement, du 5 et du 6 d’avril 1268 puisqu’il n’existe pas. (voir, J. G. Bougerol, Sermones de Diversis, p. 260). Il prend comme verset de départ, Mt 11, 28, le même que celui du deuxième sermon du Vendredi Saint (voir, J. G. Bougerol, Sermones de Diversis, p. 292 à 307).

Venez à moi vous tous qui peinez etc.

1. Je disais au commencement que par ces paroles nous sommes invités à la Cène, à la Croix et au Repos. Nous sommes invités à la Cène le jeudi saint, à la Croix le vendredi Saint. Maintenant nous sommes invités au repos 5 en ce sabbat des sabbats. En effet, tout ce qui a été dit au commencement du monde de la célébration du sabbat, l’a été à propos du repos. Après l’achèvement de toutes ses œuvres Dieu se reposa le septième jour. Le Psaume dit : C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui et a tressailli d’allégresse et ma chair reposera dans l’espérance ; et ailleurs 10 : En paix je dormirai et je me reposerai ; et plus loin : Parce que toi seul Seigneur tu m’as affermi dans une espérance singulière ; et ailleurs : Parce que tu n’abandonneras pas mon âme à la fin etc. Par la similitude avec ce repos il est dit lors de la Création que Dieu se reposa le septième jour . C’est pourquoi il le bénit et le sanctifia . 15 Bien qu’il soit vrai que pour la Création Dieu ait travaillé six jours et s’est reposé le septième, cela est encore plus vrai maintenant dans l’œuvre de recréation, car Dieu a œuvré pendant six périodes de temps mais s’est reposé le septième. Au début de son incarnation le Christ fut pauvre et fut au travail dès sa jeunesse . 20 Mais surtout il fut à la peine pendant six jours avant sa passion quand il s’exposa à la sa passion, vint à Béthanie et prêcha. Mais le septième jour après sa passion il fut déposé au tombeau et y reposa. Aujourd’hui, l’âme toute bienheureuse du Christ fit que toutes les âmes soient saintes avec lui au pâturage de la joie éternelle et au repos 25 de la vision béatifique. A ce repos nous sommes invités et il faut le trouver en cette vie. En effet tout labeur est en vue du repos et tout mouvement en vue du repos éternel. Il y a quatre stades que l’homme parcourt avant d’atteindre ce repos : premièrement l’exercice [des vertus], deuxièmement le gémissement d’un repentir amer, troisièmement le repos de la 30 contemplation, quatrièmement la récompense de la rétribution éternelle. Ce repos commence dans le premier, il progresse dans le second, il atteint sa perfection dans le troisième, il est éternel dans le quatrième.

2. En premier lieu, nous devons chercher le repos en nous exerçant à travailler les vertus. D’où il est dit dans l’Exode : Durant six jours tu feras 35 tout ton travail, le septième tu célèbreras le sabbat du Seigneur ton dieu . Six jours de travail, c’est-à-dire six exercices à la vertu, ceux dont parle le Psaume : Seigneur qui habitera sous ta tente ou qui reposera sur ta montagne sainte ? Qui marche sans tache et fait la justice. Qui dit la vérité en son cœur, qui n’a pas fait 40 le mal par sa langue, n’a pas fait de mal à son prochain et n’a pas jeté l’opprobre à ceux qui l’entourent. A ses yeux le méchant est méprisé, mais il glorifie ceux qui craignent le Seigneur . Il a ainsi fixé six exercices par lesquels l’âme doit s’exercer à la justice, c’est-à-dire sous la forme de la vertu, la sainteté, la justice, 45 la vérité et cela apparaît quand il dit : Celui qui marche sans tache et fait la justice, qui dit la vérité en son cœur . Car, c’est pour que l’homme se purifie à l’intérieur. Mais cela va plus loin : il faut que l’homme étende [l’action] à son prochain par la justice, parce que la vérité dispose à la lumière de la vérité ; cette vérité ne peut exister ni s’étendre 50 au prochain que si l’on s’efforce de ne pas nuire au prochain ni de trouver de complaisance dans le malheur du prochain et c’est pourquoi il continue : L’homme aux mains innocentes ; innocent, cela veut dire qu’il s’exerce à l’innocence et prenne garde au prochain ; la suite dit : il n’a pas fait de mal à son prochain et n’a pas jeté l’opprobre à ceux qui l’entourent . Après cela, 55 il ne reste qu’à acquérir la charité : et c’est pourquoi le même psaume continue : à ses yeux le méchant est méprisable, mais il glorifie ceux qui craignent le Seigneur . Celui qui craint le Seigneur c’est celui qui ne trouve pas sa joie dans l’iniquité [que fait] l’autre mais trouve sa joie dans la vérité . Sixièmement il doit s’exercer à la plénitude de la miséricorde de manière à ne décevoir en rien : qui jure à son prochain 60 et ne l’abuse pas, qui a prêté son argent sans intérêt, et n’a pas accepté de cadeaux sur le dos de l’innocent. Celui qui fait cela, jamais ne sera ébranlé . C’est le psaume du repos et c’est de cette sorte de choses dont parlent les Proverbes : Qui m’aura entendu se reposera sans éprouver de terreur et jouira de biens abondants une fois ôtée la crainte des malheurs . Mais celui qui ne veut pas obéir au Seigneur n’aura pas la paix à l’intérieur de lui ; c’est à cause de 65 cela que le Psaume dit : Aujourd’hui si vous écoutez sa voix … et qui continue : s’ils entrent dans mon repos , c’est-à-dire celui de la vertu, la sainteté, la justice et de la vérité, l’innocence et la charité par lesquelles on arrive au repos auquel nous invite l’Apôtre : Hâtons-nous dit-il d’entrer dans ce 70 repos , c’est-à-dire par les œuvres des vertus et à ce propos Qohelet dit : Tout ce que peut ta main fais-le avec force . Et à propos des voies des vertus, le Psaume dit : Fais-moi connaître les chemins de la vie etc. Les Fils d’Israël ne sont pas parvenus en Terre Promise parce qu’ils ne se sont pas exercés aux voies des vertus. Il apparaît donc que c’est de cette façon que nous parvenons au repos : par l’exercice de la pratique des vertus. 75

3. Mais parce que parfois l’homme trébuche ou dévie, une seconde voie est nécessaire pour parvenir au repos : le gémissement d’une amère componction. En effet nos [œuvres de] justice sont comme les linges d’une femme menstruée . Il n’est presque personne 80 qui n’ait à pleurer assez ses péchés, et à ce propos le Psaume dit : Qui me donnera des ailes de colombe, je volerai et je me reposerai . La colombe lance un gémissement comme chant, et représente celui qui s’exerce au gémissement de componction, c’est ce dont parle Isaïe : Comme le petit de l’hirondelle je crierai, comme la colombe je gémirai . 85 La colombe après avoir trouvé le rameau d’olivier est retournée vers l’arche, c’est-à-dire à la maison parce qu’elle y trouve le repos. D’où Matthieu : En ce monde vous rencontrerez la tribulation mais en moi vous trouverez le repos . L’âme c’est la colombe qui ne trouve pas le repos hors de l’arche et c’est pourquoi elle dit à ceux qui doivent s’attacher à une occupation terrestre, à ceux-là elle dit : Qui me donnera des ailes 90 de colombe, je volerai et je me reposerai . Si tu veux parvenir au repos il faut que tu aies six ailes qui sont : la pudeur, la crainte, la douleur, la clameur, la rigueur et l’ardeur. La pudeur doit se trouver dans la reconnaissance du péché, la crainte dans la prévision du jugement, la douleur dans l’évaluation de la peine, la clameur dans l’imploration du remède, la rigueur dans l’affliction sur soi, l’ardeur 95 dans la soif du désir, à tout ceci font suite le sommeil et le repos. Je dis donc que la première aile qu’il faut avoir c’est la pudeur dans la reconnaissance du péché pour que l’homme en rougisse. Mais certains ne rougissent pas ; de ceux-là Jérémie a dit : Tu t’es fait un front de prostituée, tu n’as pas voulu rougir . Contre ceux-ci, il est dit 100 : J’ai été confus et je n’ai pas rougi parce que j’ai supporté l’opprobre depuis ma jeunesse . La seconde aile c’est la crainte dans la prévision du jugement, quand l’homme pense qu’il devra rendre compte de tout ce qu’il a fait et pense à ce qui est écrit : Le juste sera tout juste sauvé, et Job dit : Je craignais devant toutes mes œuvres sachant que tu n’épargneras pas 105 le fautif . La troisième aile c’est la douleur dans l’évaluation de la peine, quand l’homme pense qu’il a perdu son temps et la grâce du Saint Esprit et qu’il a offensé Dieu. Ne doit-il pas en ressentir une grande douleur ? à ce propos il est dit : Tords toi de douleur, fille de Sion . La quatrième aile c’est la clameur de l’imploration pour le remède. Le psaume dit 110 : je rugissais à gémir en mon cœur ; et un autre Psaume : Seigneur, en ce jour, j’ai crié vers toi . Et alors l’homme doit se frapper la poitrine. La cinquième aile est la rigueur dans l’affliction sur soi : Parce que moi je suis prêt à subir le fouet . La sixième aile est l’ardeur du désir pour obtenir le don du Saint Esprit. Le Saint Esprit 115 est apparu sous la forme d’une colombe et le Saint Esprit est un feu et quand quelqu’un a ces six ailes, alors le Saint Esprit le couvre de son ombre contre la chaleur des pécheurs pour qu’il puisse dire : A son ombre, je désirais m’asseoir et son fruit est doux à ma bouche Quand un homme fuit la chaleur des pécheurs et s’approche de Dieu, alors il se repose quand 120 il entend : Tes péchés te sont remis ; c’est là la seconde manière de parvenir au repos. Ne refusez donc pas cette voie pour parvenir au repos. L’homme marche malgré la dureté de la route parce qu’il a un bon lit. Le lit c’est sa conscience. Certains reposent dans un bon lit sur des épines parce qu’ils sont sollicités par les soucis du monde et les inquiétudes. 125

4. La troisième voie par laquelle on parvient au calme c’est grâce au repos de la contemplation dévote ; d’où le Deutéronome dit : Benjamin, le bien-aimé du Seigneur, habitera auprès de lui en confiance, [le Seigneur] séjournera comme dans une chambre nuptiale tout le jour et il reposera sur ses épaules . Benjamin, le fils de la droite, celui qui descendit dans le jardin de Rachel, représente celui qui parvient 130 à l’extase grâce à la contemplation. Il habitera en confiance et reposera en vue de la contemplation de la sagesse. Vous devrez l’imiter en contemplant la sagesse éternelle pour trouver le repos. C’est la raison pour laquelle le sage, dans le Siracide, compare la sagesse à l’argent parce que dans le verset suivant il dit la trouver : Voyez de vos yeux qu’avec peu 135 de labeur je me suis acquis le repos . De Jacob, il est dit dans la Genèse qu’il servit sept années pour Rachel et ces années lui apparaissaient peu en regard de la grandeur de son amour. A ce propos le Cantique dit : Si un homme donnait tout son bien par amour, il les mépriserait comme un rien . Il faut que l’homme travaille sept ans pour trouver le repos. Ces 140 sept années sont les sept degrés de la contemplation que le Bienheureux Bernard dispose d’une manière, Richard de Saint Victor d’une autre manière et les autres saints arrangent encore autrement. Mais un certain frère laïc qui pendant trente ans reçut la grâce de l’extase et fut très pur et vierge et le troisième frère après le bienheureux François, 145 dit que les sept degrés de la contemplation dévote sont les suivants : le feu, l’onction, l’extase, la contemplation, le goût, la consolation, le repos et le huitième qui suit, c’est la gloire. - Je comprends que l’âme contemplative qui s’exerce, puisse parvenir au repos, [pour cela] il faut qu’elle passe par ces voies, c’est-à-dire la première : qu’elle brûle et passe par le glaive 150 enflammé et tournoyant et cela par un très ardent désir de Dieu, un oubli de lui-même et par le glaive qui le sépare des biens terrestres : c’est le principe diffusif de tous les autres et c’est le plus fort. Le second degré c’est quand l’influx du Saint Esprit lui arrive : c’est l’onction et cette onction c’est le sens de la consolation du Saint 155 Esprit s’insinuant dans l’âme pleine d’ardeur. Le troisième degré c’est quand l’homme sent que l’onction du Saint Esprit l’envahit jusqu’à l’intime, il est alors aliéné ; cela s’appelle l’extase qui est l’aliénation des sens ; tout ce qui est hors de soi et à l’intérieur de soi est aliéné . Le quatrième degré c’est quand l’âme ainsi aliénée revient à soi ; 160 alors elle se livre à la contuition de la lumière éternelle ; quand elle est soustraite à l’imagination. Le cinquième degré c’est quand elle se livre à la contuition la lumière éternelle ; alors elle en goûte la consolation. D’où ce que dit l’Exode : Ils virent le Seigneur le Dieu d’Israël, ils mangèrent et se restaurèrent. Le sixième degré est l’embrassement après qu’elle voit combien sa relation est bonne. Elle s’efforce de le retenir l’objet de sa relation et de le saisir dans ses bras et elle dit : je l’ai saisi et ne 165 le lâcherai pas , et elle peut dire alors : sa main gauche est sous ma tête et sa droite m’enlacera . Le roi m’a introduite dans le cellier à vin et il a disposé l’amour sur moi . Soutenez moi avec des fleurs, fortifiez moi avec des pommes car je languis d’amour . Alors lui est donné le repos et elle s’endort. [Il est dit] ensuite 170 : Je vous en conjure filles de Jérusalem, par les gazelles et les cerfs des champs, ne troublez pas ni ne réveillez la bien aimée jusqu’à ce qu’elle même le veuille . Les gazelles sont les puissances inférieures de l’âme qui sont gouvernées par le pouvoir de la lumière éternelle par la médiation des puissances supérieures. La gazelle possède un regard aigu, mais le cerf saute haut et 175 c’est un animal assoiffé ; cela veut dire que l’âme contemplative doit désirer ardemment l’époux céleste et le contempler d’un regard aigu. Maintenant, vous les simples vous ne devez pas désespérer à ces paroles, comme si vous ne pouviez pas les avoir , mais vous pourrez l’avoir ultérieurement. Nous ne faisons que dire, mais quand l’âme a ces six degrés, 180 alors elle est disposée à la vision de la gloire. C’est ce repos que nous devons chercher ; et la Sagesse éternelle dit : Partout j’ai cherché le repos, mais (en fait je n’ai trouvé qu’une demeure : ) je résiderai dans l’héritage du Seigneur . Si tu veux devenir le tabernacle de la sagesse du Seigneur, efforce-toi d’acquérir ces dispositions. Et si l’homme ne veut pas parvenir à cette perfection, il est tout de même important 185 que la loi chrétienne possède de tels degrés. Tous les autres hormis les chrétiens sont secs de cette grâce. C’est ainsi que, troisièmement, on parvient au repos par l’étude de la contemplation dévote.

5. Quatrièmement on parvient au repos par la récompense de la rétribution éternelle et ce repos commence quand l’âme est séparée 190 du corps. C’est de ce repos dont parle l’Apocalypse : j’ai entendu une voix venant des cieux qui me disait : Ecris, bienheureux les morts qui sont morts dans le Seigneur. Dès maintenant, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs labeurs. Leurs œuvres les suivent . Et ce repos est consommé dans la résurrection. En effet l’âme tend vers le corps et l’âme est empêchée d’être toute entière 195 transportée au ciel jusqu’à ce qu’elle soit unie au corps. Les philosophes arabes doutaient que l’âme puisse être la vraie perfection du corps. Mais il est vrai que l’âme et le corps sont une seule espèce et l’âme elle même est la forme du corps et par essence elle est inclinée vers le corps comme un acte propre vers sa matière propre parce que l’âme est 200 l’acte du corps en propre. Il faut donc qu’en n’importe quel corps soit l’âme en tant qu’elle est la forme propre de celui-ci qui est inclinée vers le corps et individuée selon l’individuation du corps. Et c’est pourquoi l’âme n’est pas dans la béatitude parfaite tant qu’elle n’est pas avec le corps qui lui correspond. Cela se passera à la résurrection générale et c’est de cette béatitude dont parle Isaïe 205 : Mon peuple s’assiéra dans la beauté de la paix ; parce que il y aura là une telle paix et une telle beauté qu’il n’existera rien d’autre là si ce n’est la magnificence ; sous les tentes de la confiance parce que nul n’en sera détourné ; dans un repos opulent parce que, plein de délices, il se consomme à la résurrection. Cette béatitude [de la Résurrection], le Saint Esprit a ordonné qu’on la 210 célèbre toujours le dimanche à la place du jour du shabbat. Mais les juifs, ne regardant que l’œuvre de la Création et non celui de la recréation et parce que le jour de Saturne ou le jour de shabbat fut le septième jour depuis la Création, jour où les choses furent créées, ne célèbrent que le shabbat. Demandons au Seigneur qu’Il nous conduise à ce repos.

Frère Michel Caille, ofm.

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