SAINT BONAVENTURE 1217 - 1274
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DEUXIEME DIMANCHE DE CAREME

Nous étudierons spécialement le §12.

ESSAI DE COMMENTAIRE

J. G. Bougerol présente comment il a procédé pour l’édition critique d’ensemble du texte latin des Sermones Dominicales à la p. 125 de son édition critique de 1977. Le sermon du deuxième Dimanche de Carême y figure aux pages 243 à 252, sous le numéro 16. Ce sermon avait été édité auparavant par les P. de Quaracchi, Opera omnia, t. 9, p. 215a-219a ; c’était le premier sermon.
Si l’on en croit la chronologie présentée par J. G. Bougerol, ce sermon a été prêché par Saint Bonaventure, le 12 mars 1250 (J.G. Bougerol, Introduction à l’étude de Saint Bonaventure, p. 204). Il s’est expliqué sur cette question dans son édition critique à la p. 15.

PLAN ET STRUCTURES

Thème : Jésus choisit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit sur une haute montagne et il fut transfiguré devant eux. Mt 17, 1 et 2.

Le prothème
Le prothème part du Ps 118, 66 pour faire comprendre ce que doit être le prédicateur en s’appuyant sur la triade qui doit le concerner : charité, sainteté, vérité. Chacune de ces qualités concerne, respectivement le prochain, le prédicateur lui-même et Dieu en correspondance chaque fois avec une partie du verset de référence :

qualité demandée face Ps 118, 66
enflammé de charité au prochain enseigne moi la bonté
orné de sainteté à lui-même enseigne moi la discipline
illuminé de la vérité à Dieu enseigne moi la science.

Ces qualités seront acquises en invoquant : le Dieu de toute consolation et le Père des miséricordes (2Co 1, 3).

THEME DU SERMON

Ce sermon prend pour point de part la Résurrection du Seigneur, prototype de notre glorification . Elle est admirable mais en même temps difficile pour notre foi. C’est pourquoi Jésus choisit trois Apôtres qui représentent l’ensemble des croyants et se transfigure devant eux. Ainsi, chaque croyant peut avoir accès à ce mystère de la Transfiguration, et par là à la Résurrection.
La Transfiguration ne pouvait pas ne pas aborder le thème de la vision de la gloire. Bonaventure reste fidèle à lui-même en disant qu’elle est possible : "(En entraînant ses disciples sur une haute montagne), Jésus indique … que celui qui veut voir la gloire de la majesté divine doit s’élever en esprit au plus haut de la dévotion." (§7, l. 113-114).
Si la première partie rend compte du choix des trois apôtres Pierre, Jacques et Jean, la deuxième partie, elle, essaiera de montrer les conditions pour avoir accès à cette vision glorieuse : " la préparation dévote de l’élévation affectueuse."
La troisième partie montrera en quoi consiste le dévoilement de la gloire, différent pour chacun des trois apôtres. C’est au dernier § que Bonaventure sera le plus explicite sur la vision glorieuse, c’est la raison pour laquelle nous l’avons développé car il présente une structure compliquée ne suivant pas la logique rigoureuse habituelle à Bonaventure.

Plan général du sermon
Le §2 donne le plan du sermon qui s’articule, comme souvent chez Bonaventure, selon une division tripartite des versets de référence :

§ thème abordé Mt 17, 1
3-6 le choix mystique Jésus choisit avec lui Pierre, Jacques et Jean
7-10 l’élévation affectueuse et les conduisit sur une haute montagne
11-14 la manifestation de la glorification future et il fut transfiguré devant eux.

PREMIERE PARTIE (§3 à 6) : le choix des trois apôtres Pierre, Jacques et Jean.

Base scripturaire : Jésus choisit avec lui Pierre, Jacques et Jean. Mt 17, 1.
Le §3 donne le plan de la première partie. Nous avons traduit le premier verbe de Mt 17, 1 adsumpsit par choisit. Toute cette première partie qui traite du "choix" va être illustrée par ce même verbe assumere que Bonaventure utilise à travers plusieurs citations bibliques. On le trouve en effet au moins une fois dans chaque § : §4 Ag 2, 24 ; §5 Ps 26, 10 ; Ez 3, 14 ; §6 Ps 64, 5. C’est dire si de cette manière le choix de Jésus est illustré et souligné. Dans chacune des citations nous avons opté pour le verbe choisir, dans la mesure où le contexte s’y prêtait.
Bonaventure motive son choix thématique en s’appuyant sur le triple état de l’Eglise militante : la prélature, l’action et la contemplation. Bonaventure reprend un terme ecclésiologique qui avait cours à son époque. Plutôt que de parler d’ "Eglise militante", le décret conciliaire "Lumen Gentium" préfère dire que l’Eglise est à dimension visible et spirituelle (LG §8) : "l’Eglise de la terre et l’Eglise riche de biens célestes." Même si l’expression diffère, la réalité théologique est la même, l’Eglise militante n’existe pas sans référence à la Jérusalem céleste : "unde paradisus spiritualis duplex est sive dupliciter dictus : unus est in Ecclesia militante, et alter in Ecclesia triumphante ."

Relations entre les apôtres leur état et leur charge spirituelle :

apôtre état il est en effet le 1° parce qu’il
Pierre prélature au gouvernement de l’Eglise 1er à assurer la charge
Jacques action dans l’amertume de la souffrance 1er à subir la passion
Jean contemplation dans la plénitude de la grâce reçoit un surcroît d’amour

Bonaventure détermine le pourquoi et le comment de chaque statut de cette Eglise militante :

apôtre but comment
Pierre présider au gouvernement de l’Eglise une protection et courage
Jacques s’abstenir d’une délectation charnelle une pénitence amère
Jean être rempli de consolation spirituelle la plénitude de grâce

§4
Bonaventure se réfère au personnage de Zorobabel (Ag 2, 24) dont le nom signifie "prince du déplacement" pour montrer que Dieu l’a arraché à la puissance des ténèbres pour le placer dans son Royaume. Il est la figure anticipatrice du mouvement que Pierre doit accomplir pour attester de la foi à un triple niveau : attestation, mouvement et indication sur ce chemin.

DEUXIEME PARTIE (§7 à §10) : la préparation dévote de l’élévation affectueuse.

Base scripturaire : et il les conduisit sur une haute montagne. (fin de Mt 17, 1)
Le §7 donne le plan de la deuxième partie. Il traite de cette préparation en fonction des trois propriétés qu’il attribue à la montagne ; chacune d’elle correspond à l’un des trois apôtres choisis.

§ catégorie propriétés de la montagne but
8 prélats situation élevée recevoir de façon éminente l’irradiation divine
9 actifs force de stabilité supporter courageusement toute sorte de tribulation
10 contemplatifs aptitude à la communication répandre, avec charité, une prédication gratuite

TROISIEME PARTIE (§11 à 14) : la vision glorieuse et ses vertus.

Base scripturaire : et il fut transfiguré devant eux. (début de Mt 17, 2)
Le §11 donne le plan de la troisième partie. Jésus veut montrer aux trois apôtres sa gloire future, qui, par l’intermédiaire des trois apôtres, est en lien avec chacune des trois vertus théologales. La Transfiguration apporte quelque chose de différent à chacun des trois apôtres : elle illumine Pierre de la vérité et de l’intelligence, confirme Jacques dans l’espérance et l’attente de la gloire, enflamme Jean de l’amour et de bienveillance.

§ Jésus les apôtres par vertu
12 illumine Pierre / les prélats la splendeur de la vérité et de l’intelligence Foi
13 confirme Jacques / les actifs l’espérance et l’attente de la gloire Espérance
14 enflamme Jean / les contemplatifs l’amour de charité et de bienveillance Charité

§12
En plus de Jésus lui-même, apparaissent deux témoins : Moïse et Elie. Le témoignage est donc triple, ce qui, pour Bonaventure, révèle un triple déploiement de Dieu.

témoin Ecriture en reconnaissant Dieu est celui qui
le Père Mt 17, 5 ; Jn 1, 3 la création maintient
les prophètes don de la loi et de la prophétie le rachat réconcilie
les apôtres Sg 16, 25 la récompense rémunère le plus juste

§14
C’est avec les contemplatifs que la Transfiguration prend tout son sens. Bonaventure tente d’expliquer la vision de Dieu, à partir de ce monde-ci. Il procède en trois temps.
Après avoir déclaré que personne ne peut clairement voir Dieu (1) il développe les deux temps d’un itinéraire : d’abord être élevé par une dévotion mentale (2) et ensuite s’éloigner de l’agitation des sollicitations de ce monde grâce au repos du cœur (3).
Comme toujours, Bonaventure étaie ses affirmations sur l’écriture, on retrouve donc ici ces trois aspects dans les fragments des deux versets de Mt 17, fin du v. 1 et début du v. 2 :
- (Il conduit) les contemplatifs, au sommet de la montagne, comme s’il les élevait par l’extase de la dévotion mentale (2) ;
- à l’écart, en les éloignant de l’agitation des préoccupations actuelles (3) ;
- et alors Il fut transfiguré devant eux (1).
Dans ce § final, Bonaventure, pour rendre raison de l’enchaînement de l’extrait qu’il vient d’opérer de Mt 17, 1-2, n’a pas suivi l’ordre de sa démonstration que nous avons indiqué (1), (2), (3) du début du §14. Les deux conditions essentielles de la vie contemplative viennent en premier (2) et (3) pour arriver à la conclusion qui est aussi son point de départ (1). Cette affirmation de la Transfiguration par laquelle il commence son sermon est quasiment celle qui le termine. C’est souligner fortement, s’il en était besoin, le chemin d’une contemplation de la gloire divine et l’importance de l’étape de la Transfiguration pour les trois disciples.

Ce qui donne :

ordre logique à suivre ordre de la Transfiguration
personne ne peut clairement voir Dieu (1) élévation par l’extase (2)
être élevé par une dévotion mentale (2) à l’écart, des préoccupations actuelles (3)
s’éloigner de l’agitation des sollicitations (3) - et alors Il fut transfiguré devant eux (1).

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DEUXIEME DIMANCHE DE CAREME

Ce sermon, deuxième dimanche de Carême, est le seizième des Sermones Dominicales édités par J.G. Bougerol (Grottaferrata, 1977, p. 243-252). Edition Quaracchi, t. 9, p. 215-219.

1. Jésus choisit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit sur une haute montagne à l’écart et il fut transfiguré devant eux .

[Prothème] Enseigne moi la bonté, la discipline et la science . 5 Dans le second verset pris du Psaume on nous fait comprendre quel doit être le prédicateur : il doit être d’abord enflammé de charité vis-à-vis du prochain, ensuite il doit être orné de sainteté en ce qui le concerne, enfin il doit être illuminé de la vérité vis-à-vis de Dieu. D’abord le prédicateur doit être enflammé de charité vis-à-vis du prochain 10 on le note quand il dit : enseigne moi la bonté ; en effet le propre de la bonté est de se répandre grâce à la charité pour le prochain, c’est ce qui convient à juste titre à la charge de prédicateur "parce que, selon le bienheureux Grégoire, celui qui ne montre pas de charité envers le prochain ne doit, en aucun façon, remplir la charge de la prédication ." Ensuite, il doit être orné de 15 sainteté en ce qui le concerne quand il ajoute : enseigne moi la discipline par laquelle l’homme est orné spirituellement comme le corps du vêtement. Enfin il doit être illuminé de la vérité vis-à-vis de Dieu quand il termine : enseigne moi la science. Puis donc très chers que je ne suis pas totalement enflammé de charité, orné d’une sainteté de vie 20 ni même illuminé par la vérité de l’Ecriture, prions donc au début de notre sermon le Dieu de toute consolation et le Père des miséricordes pour qu’il nous enflamme de l’ardeur de la charité, qu’il nous orne d’une vie sainte et qu’il nous illumine de la vérité de l’Esprit Saint pour qu’ainsi enflammés de l’ardeur de la charité, ornés d’une vie sainte, illuminés 25 de la vérité de l’Esprit Saint, nous puissions de quelque façon exprimer parmi vous des paroles qui soient à la louange et gloire etc.

[Sermon] 2. Jésus choisit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit sur une haute montagne et il fut transfiguré devant eux. Le mystère de la résurrection du Seigneur, est le prototype de notre glorification. 30 Il est, entre toutes les œuvres de recréation, celui qui offre le plus d’admiration et de difficulté à la foi. C’est pourquoi notre Seigneur Jésus Christ a emmené avec lui les apôtres visant à travers eux le reste des chrétiens. Pour qu’ils croient plus facilement à l’œuvre de sa Résurrection, lorsqu’elle serait alors accomplie, il voulut, "devant trois personnes idoines", témoins 35 choisis à l’avance par Dieu, "auxquels tout le monde ferait confiance", être transfiguré par une faveur divine. Il leur montrait ainsi à l’avance la gloire qu’il revêtirait à la résurrection. Et parce qu’il est impossible à quelqu’un de fixer de son regard spirituel la gloire de la divine majesté, sauf la prévenance d’une grâce divine d’élection et de prévenance, qui pare d’un amour supérieur 40 et élève à un suprême désir d’amour, le sens du verset cité est bien dans un ordre tout à fait juste et correct. En premier lieu donc on relève 45 la dignité divine du choix mystique, lorsqu’il dit : Jésus choisit avec lui Pierre, Jacques et Jean ; en second lieu la préparation dévote de l’élévation affectueuse, lorsqu’il ajoute : et les conduisit sur une haute montagne ; la Glose dit : "Il monta sur une montagne pour être transfiguré, afin de signifier que, ceux qui espèrent la résurrection, doivent être élevés dans les hauteurs et persévérer avec constance dans la prière." 50 En troisième lieu la manifestation de la glorification future à la fin du verset : et il fut transfiguré devant eux.

3. Il dit donc : Jésus choisit etc. il s’agit de la dignité divine du choix mystique. On parle de choix mystique car c’est celle de ces trois personnes représentant mystiquement l’ascension du 55 triple état de l’Eglise militante : la prélature, l’action et la contemplation. Pierre représente la prélature parce qu’il serait le premier au gouvernement de l’Eglise à assumer cette charge. Jacques représente l’action parce qu’il serait le premier [plongé] dans l’amertume de la souffrance pour avoir subi la 60 passion : car il a été le premier des apôtres à être martyrisé. Jean signifie la contemplation parce qu’il serait le premier dans la plénitude de grâce par un surcroît d’amour. D’abord il choisit Pierre et à travers Pierre ceux qui ont le statut de prélat, pour présider par protection et courage, au gouvernement de l’Eglise. Ensuite il 65 choisit Jacques et à travers Jacques les autres actifs, pour s’abstenir de la délectation charnelle par une pénitence amère. Enfin il choisit Jean et à travers Jean tous ceux qui mènent la vie contemplative recevant une abondance de consolation spirituelle par la plénitude de grâce.

4. D’abord Jésus choisit Pierre et à travers Pierre ceux qui appartiennent au statut de prélat 70 présidant par protection et courage au gouvernement de l’Eglise. D’où il est dit : Je te choisirai, Zorobabel mon serviteur, dit le Seigneur, et je te placerai comme un signe, parce que je t’ai élu . Zorobabel prince de Juda, qui veut dire prince du déplacement, signifie n’importe quel prélat qui est chef et prince de l’Eglise militante, 75 que Dieu a arraché au joug de la puissance diabolique c’est-à-dire du péché originel ou actuel, et l’a transféré dans le royaume de son fils bien aimé . Mais à celui-ci le Seigneur dit : Je te choisirai par la grâce d’une bienveillante adoption ; mon serviteur, par révérence d’une sujétion seigneuriale ; et je te placerai comme un signe, attestation de doctrine amenant à 80 la foi, mouvement dans le combat à mener contre l’ennemi et indication sur le chemin pour s’orienter vers la gloire céleste ; parce que, à cause de cela, je t’ai élu sur le siège de la prélature apostolique.

5. Ensuite Il choisit Jacques et à travers Jacques les autres actifs, pour s’abstenir de la délectation charnelle par une pénitence amère. 85 D’où il est dit au Psaume : Parce que mon père et ma mère m’ont abandonné, mais le Seigneur m’a choisi. Donne moi ta loi, Seigneur, sur ta route et dirige moi sur un sentier droit, à cause de mes ennemis . Parce que mon père, le diable, ma mère la concupiscence, m’ont abandonné, à cause de l’amertume d’une pénitence douloureuse ; 90 c’est pourquoi le Seigneur m’a choisi en m’accordant gratuitement la justification. Et en raison de ceci, le vrai pénitent désire et demande, disant : Donne moi ta loi, Seigneur, sur la route des préceptes ; et dirige moi sur le sentier de tes conseils, pour qu’en chemin je ne tombe pas à nouveau aux mains des ennemis. A ce propos Ezéchiel dit : l’Esprit [du Seigneur] m’a soulevé et m’a emporté 95 et j’allai amer et l’esprit irrité . L’Esprit [du Seigneur] m’a soulevé sur la croix, à travers affection et larmes de compassion ; et m’a emporté par excès d’un amour enflammé ; et alors il s’en alla amer et l’esprit irrité en considérant la passion du Seigneur et pensant qu’à nouveau en lui-même il crucifie le Fils de Dieu, en réitérant le péché. 100

6. Enfin il choisit Jean et à travers Jean tous ceux qui mènent la vie contemplative recevant une abondance de consolation spirituelle par la plénitude de grâce. Ainsi il est dit au Psaume : Heureux celui que tu as élu et choisi, il demeurera dans tes parvis . Heureux celui que tu as élu à la vie active pratiquant des œuvres bonnes ; et as choisi pour la 105 contemplation par un accroissement d’amour ; il demeurera dans tes parvis en continuant [à s’adonner] fidèlement à l’oraison. Et le prophète continue avec beaucoup d’ordre, disant que le repos de la vie contemplative, fin de la vie active, présuppose l’exercice de cette même vie active. D’où ce que dit Grégoire : "Celui qui désire le sommet de la contemplation doit d’abord faire 110 ses preuves dans le champ de l’action ."

7. On en vient au second point, c’est-à-dire la préparation dévote de l’élévation affectueuse, lorsqu’il dit : et il les conduisit sur une haute montagne. Il indique par là que celui qui veut voir la gloire de la majesté divine doit s’élever en esprit au plus haut de la dévotion. La montagne, en raison de 115 ses trois propriétés permet de comprendre convenablement la préparation nécessaire que doivent suivre les prélats, les actifs et les contemplatifs. Car c’est le propre de la montagne d’être un site éminent, d’une stabilité persistante, s’ouvrant librement à la communication ou la permettant largement. Nous voyons en effet que la montagne possède une situation élevée, une force de stabilité, et une aptitude à la 120 communication. Ainsi il [le Seigneur] conduisit d’abord les prélats sur une montagne de situation élevée pour recevoir de façon éminente l’irradiation divine, ensuite il conduisit les actifs sur une montagne d’une stabilité persistante pour supporter courageusement toute sorte de, enfin il conduisit les contemplatifs sur une montagne accessible à la libre communication pour répandre, avec 125 charité, une prédication gratuite.

8. D’abord il conduisit les prélats sur une montagne de situation élevée pour recevoir de façon éminente l’irradiation divine. En effet le soleil irradie les montagnes en premier, puis il illumine les vallées ; ainsi les prélats telles de sublimes montagnes doivent d’abord 130 recevoir en soi les irradiations de la lumière divine, puis par l’exemple d’une vie bonne, les transmettre à leurs subordonnés comme à des vallées. D’où ce que dit l’Exode du bon prélat : Regarde et fait selon le modèle qui t’est montré sur la montagne . C’est ainsi parce que la vie du prélat s’imprime au cœur du subordonné comme la forme d’un sceau dans la cire , étant donné que l’exemple 135 des actions ébranle plus le cœur des subordonnés que les paroles. C’est ce que Grégoire dit : "que le directeur soit éminent en œuvre, de sorte que par sa vie il montre la voie de la vie à ses subordonnés et que le troupeau qui suit la voix et la conduite du pasteur progresse mieux par les exemples que par les paroles ." C’est à ce propos que Michée dit 140 : La montagne de la maison du Seigneur sera établie au sommet des montagnes ; elle dominera les collines et vers elle afflueront tous les peuples . Cette montagne établie au sommet des montagnes et dominant toutes les collines est le prélat parfait à cause de l’éminente excellence de la perfection évangélique, il dépasse ainsi tous ceux qui lui sont soumis dans la vie, quel que soit leur degré de perfection ; comme le dit Bernard : "c’est une monstruosité d’avoir la 145 première place et mener la dernière des vies ; occuper la position la plus élevée et l’âme la plus basse ." Et tous les peuples afflueront alors vers lui à cause de sa débordante générosité ou la bienveillance de sa piété à porter secours. Mais malheur aujourd’hui à l’avarice de certains prélats, qui s’approprient ainsi les trésors du crucifix, comme s’ils les avaient reçus de parents charnels et engraissent leurs petits enfants, 150 enrichissent leurs parentés, tout en s’adonnant eux mêmes au raffinement du manger et du boire. Mais ceux là en vérité sont des voleurs et des brigands, ils possèdent des trésors, car tout ce qui a été envoyé pour les pauvres ils le portent à la parenté et aux petits enfants et ils le gaspillent en gourmandise et en gloutonnerie. Et à cause de cela, de nombreux prélats, en raison même de leur statut, conduisent Jésus jusqu’à la cime de la montagne, mais ensuite ils 155 le précipitent dans le cœur de leurs subordonnés à cause de leurs mauvais exemples. Ils auraient bien mieux fait, si tout le temps de leur vie ils étaient restés en plaine, parce que "plus on est haut placé, plus la chute est pesante ."

9. Ensuite, il conduisit les actifs sur une montagne d’une stabilité persistante pour supporter courageusement toute sorte de tribulation. En effet, les montagnes restent immobiles, exposées qu’elles sont aux 160 vents, aux coups de vents et aux grêles. Ainsi les actifs se trouvent exposés à supporter constamment toutes les tribulations à l’exemple du Christ, lui qui exposa son propre corps aux coups de lance et aux clous, tout en portant le bouclier de la patience jusqu’à la fin de sa vie mortelle. Des bons actifs 165 il est dit dans le Psaume : Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme le mont Sion, il ne sera pas ébranlé pour toujours celui qui habite Jérusalem . Parce que la pusillanimité cause la ruine et la confiance cause la constance, on dit ainsi que ceux qui se confient dans le Seigneur, deviennent fermes comme le mont Sion grâce à la solidité de leur force et de la paix ; celui qui habite Jérusalem, à cause de 170 la tranquillité de la paix et de la concorde, ne se troublant pas au fond de son âme et ne scandalisant pas par l’exemple extérieur de la parole ; il ne sera pas ébranlé par l’impétuosité de la fureur et de la colère.

10. Enfin, il conduisit les contemplatifs sur une montagne accessible 175 à la libre communication pour répandre avec charité une prédication gratuite. Les montagnes ont un tel pouvoir de communication et de diffusion que tout ce qu’elles reçoivent, elle le diffusent aussitôt et comme se libérant d’un poids, transmettent aux plaines. Ainsi la pluie à peine tombée se répand aussitôt et les fleuves communiquent aux vallées 180 tout ce dont ils sont gros, et même les pierres et les métaux et quasiment tout ce qu’ils charrient, ils le transmettent aux plaines. C’est de cette façon que les contemplatifs doivent être ceux qui irradient les pluies ou les irrigations des pluies de leurs pensées et même les rosées de leurs charismes et des dons, à la manière du mont Sion, ils doivent les transmettre aux autres par la parole de la prédication, par 185 l’exemple d’une vie honnête. C’est alors que s’accomplira en eux ce verset de Joël : En ce jour là les montagnes distilleront la douceur et des collines couleront le lait [et le miel], et les eaux seront abondantes dans tous les ruisseaux de Juda d’eaux . Les contemplatifs doivent distiller la douceur d’une pieuse compassion pour toucher les affligés ; et laisser les collines épandre le lait de la pieuse prédication pour 190 nourrir les faibles ; et alors sur tous les ruisseaux de larmes de Juda, c’est-à-dire des pénitents, car Juda veut dire qui confesse, les eaux des grâces distilleront pour multiplier les œuvres de justice et de piété. Ainsi aux contemplatifs, spécialement à ceux qui sont tenus par la profession d’une règle, convient ce verset d’Ezéchiel : Montagnes d’Israël étendez vos rameaux, 195 [verdissez, fleurissez] et portez des fruits . Israël, qui signifie qui voit Dieu, signifie le contemplatif qui doit voir Dieu dans sa propre conscience ; étendez vos rameaux pour réunir la congrégation dispersée du peuple [de Dieu] ; verdissez, par la prédication de la parole de Dieu, 200 et fleurissez, en répandant le parfum de votre exemple ; et portez des fruits, en acquérant votre salut et en promouvant celui de ceux qui vous sont proches. Alors vous serez montagne de Dieu, montagne fertile .

11. Troisièmement et enfin, on assiste au large dévoilement de la gloire future, lorsqu’il dit : il fut transfiguré devant eux. Notre Seigneur 205 Jésus Christ voulut être transfiguré devant ces trois-là, qui représentent les prélats, les actifs et les contemplatifs et leur montrer sa gloire future, de sorte que, grâce à un langage approprié, d’abord il illumine à travers Pierre les prélats par la splendeur de la vérité et de l’intelligence, ensuite il confirme à travers Jacques les actifs par l’espérance et l’attente de la gloire, 210 enfin il enflamme à travers Jean les contemplatifs par l’amour de charité et de bienveillance.

12. Il fut d’abord transfiguré devant Pierre, afin que à travers Pierre il illumine les prélats de la splendeur de la vérité et de l’intelligence, et que, par eux, les autres soient illuminés de la foi. C’est pourquoi la Glose dit "ainsi Il a voulu être transfiguré 215 devant trois témoins auxquels le monde entier ferait confiance". Lors de sa Transfiguration, Il n’a pas eu le seul témoignage des hommes de cette terre, mais Il a eu en plus celui de Dieu le Père du haut des cieux, celui de Moïse de la profondeur des limbes, et celui d’Elie comme du milieu, à savoir le paradis terrestre. 220 Ainsi, dans sa transfiguration, Il a voulu avoir le témoignage divin, prophétique et humain ou apostolique ; afin que, d’abord, par le témoignage de Dieu le Père déclarant : Celui-ci est mon fils bien aimé par qui tout a été fait , on reconnaisse que, en créant, Il maintient lui-même magnifiquement toutes choses ; ensuite, afin que, par le témoignage de Moïse 225 "qui a donné la Loi", et d’Elie qui fut "le plus admirable des prophètes", on reconnaisse que, en rachetant, Il est lui-même le réconciliateur très aimant de toute l’humanité, selon ce qui avait été promis et prophétisé dans la Loi ; enfin, par le témoignage humain ou apostolique des apôtres, qui seront juges au jour du Jugement, on reconnaisse que, en récompensant, Il est lui-même le rémunérateur le plus juste de tous les hommes. Au sujet de cette 230 Transfiguration, on peut commenter ce passage de la Sagesse : Toutes choses transfigurées ont servi à ta grâce qui les nourrit selon la volonté de ceux qui exprimaient leurs désirs . On dit toute chose est transfigurée dans la Transfiguration du Christ, au point qu’un quelque chose de n’importe quelle créature a été transfiguré dans le Christ. Car le Christ, en tant qu’homme, communique avec toutes les créatures. "Être lui est commun avec les pierres, vivre lui est commun avec les arbres, avoir des sensations lui est commun avec les animaux, et comprendre lui est commun avec les anges ." Donc, si le Christ en tant qu’homme est quelque chose de toute créature, et a été transfiguré, 235 on dit pour cela que toutes choses ont été transfigurées en lui. 240 Elles ont servi à ta grâce qui les nourrit parce que cette transfiguration ne s’est pas produite pour qu’Il assume [en permanence] le don de la lumière de gloire, mais, sous l’action de la grâce divine, pour qu’Il reçoive [temporairement] d’agir selon le don de la lumière de gloire, pour nourrir la faiblesse de foi des apôtres, surtout à l’heure de la mort du Christ. Car toutes choses transfigurées ont servi à ta grâce qui les nourrit selon leur volonté, c’est-à-dire des 245 Apôtres, grâce à ton amour de complaisance, qu’ils ont reçu dans le monde pour la gloire du Christ. Ainsi Pierre a dit : Seigneur, il est bon d’être ici ; selon la volonté de ceux qui exprimaient leurs désirs à cause de la cohabitation réciproque d’un amour réciproque. Car les délices du fils de Dieu sont d’être avec les apôtres et les prélats. 250

13. Ensuite Il voulut être transfiguré devant Jacques, afin de confirmer à travers Jacques les actifs dans l’espérance et l’attente de la gloire. Bède dit ainsi dans la Glose sur le verset précédent : "Il monte sur la montagne de la Transfiguration pour indiquer à ceux qui attendent la résurrection qu’ils doivent élever leur esprit vers le haut et persévérer continuellement dans la prière." 255 A ce propos, on peut commenter ce que dit l’Apôtre aux Corinthiens : Ne jugez rien avant le temps où viendra le Seigneur, qui illuminera les secrets des ténèbres et dévoilera les desseins des cœurs, alors chacun recevra sa part d’éloge du Seigneur. Or en tout cela, mes frères, je me suis pris comme figure avec Apollos à cause de vous, pour que vous appreniez de nous ’rien au-delà de ce qui est écrit’ et que l’un ne s’enfle pas d’orgueil contre l’autre . A travers Paul et 260 Apollos, dont l’un veut dire "élu admiré", et l’autre "à admirer", on peut reconnaître Notre Seigneur Jésus Christ, dont le nom signifie Admirable . Il a voulu en effet être transfiguré devant Jacques afin que, par cela, les actifs apprennent à attendre la gloire future de la 265 résurrection tenant un modeste discours ; d’où il est dit : Ne jugez rien avant le temps où viendra le Seigneur ; avec une innocence de cœur et d’action, parce que Dieu, au jour du Jugement, illuminera les secrets des ténèbres et dévoilera les desseins des cœurs ; et enfin avec une patiente endurance dans l’action ’rien au-delà de ce qui est écrit’ et que l’un ne 270 ne s’enfle pas d’orgueil contre l’autre ; et alors chacun rendra à Dieu sa louange lorsqu’il recevra son propre salaire de gloire.

14. Enfin, Il fut transfiguré devant Jean, pour que, à travers Jean, il enflamme les contemplatifs de l’amour de charité et de bienveillance. C’est bien le thème de ce sermon : Il les conduisit au sommet de la montagne, 275 à l’écart, et Il fut transfiguré devant eux ; son visage brilla comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme neige . Notre Seigneur Jésus-Christ, pour indiquer que personne ne peut clairement voir Dieu dans sa propre conscience, s’il n’a pas d’abord été élevé par une dévotion mentale, puis éloigné de l’agitation des sollicitations de ce monde grâce 280 au repos du cœur, voulut conduire les apôtres, c’est-à-dire les contemplatifs, au sommet de la montagne, comme s’il les élevait par l’extase de la dévotion mentale ; à l’écart, en les éloignant de l’agitation des préoccupations actuelles. Et alors Il fut transfiguré devant eux pour leur montrer l’excellence de Sa gloire future. Mais parce qu’à partir de cette vision divine 285 le contemplatif s’enflamme des feux de la charité et de la convoitise, il est adouci par l’éclat de la chasteté et de la pudeur, à travers l’amour sans mesure du soleil de justice et de l’éclat de la lumière éternelle . C’est pour cela que l’on dit que Son visage brilla comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme neige . Prions etc.

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Frère Michel Caille, franciscain.