SAINT BONAVENTURE 1217 - 1274
Vendredi 6 avril 2012 matin
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SERMON DU PREMIER DIMANCHE DE PÂQUES

Nous étudierons l’ensemble de ce sermon qui n’est pas très long.

ESSAI DE COMMENTAIRE

Il semblerait que la place de ce sermon soit la fête de l’Apôtre Saint Thomas, le 21 décembre. J. G. Bougerol ne donne pas de précisions supplémentaire sur la date de ce sermon.

Le verset de départ est le début de Jn 20, 27 Porte ton doigt ici, et vois mes mains.
Nous entrons directement dans le corps du sermon. Ce sermon n’est pas non plus découpé en parties mais comporte simplement des §. Esquissons tout de même un semblant d’organisation.
Le §1 divise le verset thématique en trois parties. Ce pourrait être le plan de ce sermon, mais il ne semble pas qu’il en soit ainsi. Il ne fait aucune référence peu ou prou au verset thématique.
Les §2 et 3 vont ensemble, regroupés par un "premièrement" au début du §2.
Les autres versets se réfèrent à la même partie du verset : vois mes plaies. Les §4 et 5 vont ensemble. Les §6, 7, 8 sont indépendants l’un de l’autre avec leur thème de méditation propre.

§1
Il présente une réflexion sur la foi comme connaissance : selon la façon, l’acte et l’objet à connaître.

La foi est une connaissance par Jn 20, 27
La façon de connaître Le toucher Porte ton doigt ici
L’acte de connaître Le voir et vois
L’objet à connaître Les mains mes mains

En invitant Thomas, Jésus lui fait, et nous fait, faire un retour à la foi. Bonaventure va développer les trois aspects de la connaissance du crucifié.

§2 et 3 la compassion
Bonaventure nous invite à compatir à cette douleur parce qu’elle est le fruit d’une charité gratuite. Pour cela, il recourt à deux citations : Lm 1, 12 et 1Jn 3, 16.

§4 les degrés de la foi
Invitation à contempler les plaies, parce que le Ressuscité conserve ce qu’il a reçu durant la Passion. Il y a identité entre les deux hommes : le supplicié et le Ressuscité. Il cite la deuxième partie de Jn 20, 27.

§5 l’humilité
Un tel salut n’est possible que par l’humilité. En cela Jésus diffère beaucoup de Pierre. C’est la raison pour laquelle Jésus a permis que Pierre chute. Bonaventure donne comme verset la fanfaronnade de Pierre : Mt 26, 33.

§6 l’imitation
S’empresser à imiter le Christ, cela doit se faire en agissant, c’est-à-dire en acceptant de souffrir. Verset : 1P 4, 1.

§7 l’espérance d’être exaucé
Le Christ est monté vers le Père avec ses plaies. Pour notifier l’espérance Bonaventure a recours au signe de l’arc en ciel cité en Si 43, 12. Sa vue invite l’homme à Bénis le Très Haut. La métaphore amène celle de la corde qui amène elle-même Bonaventure à citer le Ps 47, 6. Les flèches traversent les cieux, jusqu’au cœur du Père. En raison de ces signes, nous pouvons donc être sûrs d’être exaucés.

§8 jusqu’au jugement
Ses plaies, le Christ les portera aussi au jugement. Bonaventure n’a pas trouvé de verset pour étayer son affirmation, il se réfère seulement à Ap 1, 7. Bonaventure insiste sur les conséquences du jugement.

Le mot clé de ce sermon, c’est le mot plaies (vulnera). Bonaventure l’emploie douze fois. Le mot est toujours au pluriel sauf deux fois à la fin du §4 (une fois au génitif pluriel, une fois à l’accusatif singulier). Le dernier cas d’ailleurs est employé de manière métaphorique, il s’agit de "la blessure du doute" ("dubietatis vulnus"). Très adroitement Bonaventure renverse ainsi son propos en nous faisant comprendre que la vraie blessure, c’est le doute.

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PREMIER DIMANCHE DANS L’OCTAVE DE PAQUES
ET EN LA FETE DE SAINT THOMAS APOTRE

Porte ton doigt ici, et vois mes mains

1. Ce n’est pas seulement au disciple qui doute, mais à n’importe quel chrétien que, dans la présente citation (dans la citation de ce jour) s’adresse le Christ après avoir subi sa Passion. De même en effet qu’Il ramène (reducit) ce disciple à la foi, de même il nous ramène à la connaissance 5 très salutaire de ses blessures.
Or ces paroles mettent en œuvre trois aspects se rapportant à cette connaissance : le mode, l’acte et l’objet de la connaissance.
- Le mode de cette connaissance ou la façon d’y parvenir se fait au moyen du toucher, ce qu’il fait ici : Porte ton doigt ici.
- L’acte se fait ici au moyen du verbe voir, lorsqu’il ajoute 10 : et vois. Voir en effet n’est pas pris au sens propre mais par extension de sens, comme le dit la Glose : "sans quoi il aurait dit : porte tes yeux, et non pas ton doigt.
- L’objet de la connaissance dont il s’agit ici ce sont mes mains, c’est-à-dire les blessures des mains, emplacement des clous.
Toi qui es chrétien, vois donc mes plaies, selon ce qui suit. 15

2. Premièrement, pour que tu sois appelé à la piété de la compassion. Il est en effet impie de ne pas être compatissant à celui qui souffre pour toi, à celui qui subit la Passion pour toi. Il est dit aux Lamentations : Ô vous tous qui passez par le chemin, prêtez attention et voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur .

3. Il faut compatir à cette douleur parce qu’elle fut le fruit d’une charité gratuite, 20 parce qu’il la subissait non pour lui-même, mais pour nous. C’est ce que dit la première lettre de Jean : En ceci nous avons connu l’amour de Dieu, parce qu’il a offert sa vie pour nous . "Qu’as-tu très doux enfant, demande Anselme, pour être ainsi jugé ? Qu’as-tu commis, jeune homme très aimant, pour être traité si vilement ? C’est moi qui suis la cause de ta douleur, je suis la faute de ta mise à mort, c’est moi 25 la cruauté de ta passion, l’épreuve de ta Crucifixion ." 1 Rois dit : Le roi d’Israël se tenait debout sur son char contre les Syriens et il mourut le soir. Le sang de sa plaie coulait dans le fond du char .

4. Deuxièmement, vois mes plaies pour être formé à croire selon les degrés de la foi. En effet, pour prouver que son corps supplicié/souffrant 30 et son corps ressuscité était le même, le Christ montra ces mêmes plaies infligées/reçues sur la croix, conservées après sa résurrection. Si en effet l’accident a été conservé identique, identique est le sujet, c’est-à-dire le corps ressuscité. C’est pourquoi il dit aux disciples en Luc : Voyez mes mains et mes pieds parce que c’est bien moi . Il présentait les même plaies disant : Voyez mes mains 35 et concluait que c’était le même corps en disant : c’est bien moi. Et il disait à Thomas : Approche ta main et mets la dans mon côté, et il concluait en disant : Ne sois pas incroyant mais croyant . Grégoire dit "Marie Madeleine qui a cru plus vite m’a été moins utile que Thomas qui a douté longtemps. En effet, ce dernier en touchant a touché les cicatrices des plaies et ainsi a enlevé de 40 notre cœur la blessure du doute ." Le cas de Pierre est semblable.

5. La divine providence l’a rendu humble pour lui-même et miséricordieux pour les autres. au sujet de ces paroles de Pierre, Si tous tombent à cause de toi, [moi je ne tomberai jamais] Chrysostome dit : "le Seigneur le dépouilla vigoureusement de son aide, car il avait en lui une passion vigoureuse pour l’emportement 45 et la contradiction ." Grégoire dit aussi qu’il fut permis à Pierre de chuter "pour qu’il apprenne de sa faute qu’il aurait dû être miséricordieux pour autrui ." Augustin dit aussi : "Il convient mieux à la bonté toute puissante de faire du bien à partir du mal que de ne pas permettre au mal d’exister ." 50

6. Troisièmement, vois mes plaies pour t’armer avec empressement à m’imiter. Il faut imiter le Christ non seulement en agissant, mais aussi en souffrant/subissant, la 1° lettre de Pierre dit : Le Christ ayant souffert dans sa chair, [vous aussi armez-vous de cette même pensée etc] . C’est pourquoi Job dit, pour faire reproche aux peureux : A la seule vue de ma plaie, vous prenez peur . 55

7. Quatrièmement, vois mes plaies pour t’éveiller à l’espoir d’être exaucé. En effet, le Christ est monté avec ses plaies vers le Père pour apparaître avec elles devant la face de Dieu en notre faveur et fléchir la miséricorde paternelle. C’est à cette vision que l’on est invité d’après le Siracide : Vois l’arc-en-ciel. Bénis celui qui a fait cela, la main du Très Haut . L’arc aux trois couleurs représente 60 la triple substance du Christ . En effet la couleur bleu foncé désigne la substance de son corps ; la couleur rouge feu, la substance de l’âme, tandis que la couleur du ciel désigne la nature divine. La corde qui tend l’arc et envoie les flèches à elle seule est la charité. D’où le Psaume : Tes flèches, Christ, traversent , c’est-à-dire elles traversent jusqu’au cœur du Père. Je dis que les flèches sont celles de nos prières qui par le Christ 65 sont présentées au Père. D’où Bernard : "La mère montre au Fils sa poitrine et ses seins, le Fils montre au Père son côté et ses plaies ."

8. Cinquièmement, vois mes plaies pour les contempler en vue de la tranquillité [de ton âme]. C’est bien avec ses plaies qu’il doit venir pour le jugement et elles seront montrées à tous, à certains pour les tourments de leur corps, à certains pour la douceur 70 de la tranquillité de leur âme. C’est de cette vision dont parle l’Apocalypse : Voici, il vient avec les nuées, c’est-à-dire avec les légions d’anges et les bataillons des saints ; et tout œil le verra ; la Glose dit : "le bon et le mauvais" ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront sur lui parce qu’auparavant elles ne l’auront pas servi. Le Psaume dit : Eux, en voyant, furent saisis d’étonnement , c’est-à-dire en voyant le juge 75 irrité détournant son doux visage. Chrysostome dit à ce propos : "En fait fussent-ils dix mille, il vaudrait mieux affronter les éclairs plutôt que de voir ce visage paisible se détourner et ce regard tranquille ne pas supporter de nous voir ." Alors se réalisera ce verset du Psaume : Les justes verront et ils se réjouiront et toute injustice fermera sa bouche etc .

Texte à usage strictement personnel, ne peut être commercialisé.

Frère Michel Caille, franciscain.