SAINT BONAVENTURE 1217 - 1274
Vendredi 6 avril 2012 après midi
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SERMON DU TROISIEME DIMANCHE DE CAREME

Nous étudierons les parties 2 (§7 à 10) et 3 (§11 à 14).

ESSAI DE COMMENTAIRE

J. G. Bougerol présente comment il a procédé pour l’édition critique d’ensemble du texte latin des Sermones Dominicales à la p. 125 de son édition critique de 1977. Le sermon du troisième Dimanche de Carême y figure aux pages 252 à 258, sous le numéro 17. Ce sermon avait été édité auparavant par les P. de Quaracchi, Opera omnia, t. 9, p. 222a-224b ; c’était le premier sermon.
Si l’on en croit la chronologie présentée par J. G. Bougerol, ce sermon a été prêché par Saint Bonaventure, le 19 mars 1250 (J.G. Bougerol, Introduction à l’étude de Saint Bonaventure, p. 204). Il s’est expliqué sur cette question dans son édition critique à la p. 15.

PLAN ET STRUCTURES

Thème : Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le Règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous. Lc 11, 20.

Le prothème
Le prothème part de Ml 2, 7 : Les lèvres du prêtre gardent la science et l’on cherche la loi de sa bouche, car il est le messager du Seigneur des armées. Il évoque les trois choses qui sont nécessaires au prédicateur : la science régulante, la langue exprimante, la vie confirmant les deux.

THEME DU SERMON

Vis-à-vis des Juifs qui pensaient que Jésus chassait les démons par Béelzebub, Jésus rétablit la vérité en leur signifiant par qui il chasse les démons. Le thème principal du sermon laisse apparaître le thème secondaire qui est celui de l’approche du Royaume de Dieu .

Plan général du sermon
Le §2 donne le plan de l’ensemble du sermon qui s’articule selon les trois parties que Bonaventure repère en Lc 11, 20. Cela donne trois thèmes selon le plan suivant :

§ thème abordé Lc 11, 20
3-6 la malignité de la malice du démon mais si c’est [… que je chasse] les démons
7-10 l’immensité du pouvoir divin par le doigt de Dieu, je chasse les démons
11-14 l’utilité de la miséricorde alors le Règne de Dieu vient de vous atteindre

PREMIERE PARTIE (§3 à 6) : la malignité de la malice du démon.

Base scripturaire : Mais si [c’est par le doigt de Dieu que je chasse] les démons.
Le §3 donne le plan de la première partie. La malignité de la malice du démon agit sur les trois principales tendances ou passions de la psychologie bonaventurienne : rationnel, concupiscible et irascible .

DEUXIEME PARTIE (§7 à 10) : l’immensité du pouvoir divin à l’œuvre.

Base scripturaire : par le doigt de Dieu, je chasse.
Le §7 donne le plan de cette deuxième partie. Quel démon Jésus chasse-t-il ? Bonaventure montre surtout les conséquences de la guérison sur les trois passions de l’âme évoquées dans la première partie.

§ Jésus chasse le démon en Ecriture
8 de l’erreur et de la malice illuminant la raison par la vision la vérité première Mt 9,32-33
9 de l’impureté et de la luxure enrichissant le concupiscible par l’union de la pureté et de la chasteté Mt 17,17 et 20
10 de l’envie et de la superbe ordonnant l’irascible par la considération de la soumission et de l’humilité Jn 12,31-32

Cohérence de la pensée Bonaventurienne entre les deux premières parties du sermon.
Bonaventure montre comment Jésus peut agir et guérir nos passions et comment avec son aide, nous pouvons grandir en vie spirituelle.

§ type d’action du démon type d’action de Jésus § passion
4 rend aveugle illumine 8 raison
5 déforme enrichit 9 concupiscible
6 dérègle ordonne 10 irascible

TROISIEME PARTIE (§11 à 14) : l’utilité de la miséricorde.

Base scripturaire : alors le Règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous.
Le §11 donne le plan de la troisième partie.
Cette miséricorde se manifeste par l’approche de la venue du Royaume de Dieu. Pour y entrer, Bonaventure énonce trois types de grâces :

§ la grâce qui agit sur Ecriture
12 baptismale le mal à rejeter Jn 3, 5-6
13 pénitentielle les difficultés à affronter Mt 3, 2
14 finale le bien à parfaire Ac 14, 22

La grâce finale n’est pas à proprement parler une grâce sacramentelle puisque le nombre des sacrements est limité à sept. Bonaventure dit que c’est : "pour achever le bien." Comme toute action et toute valeur, il nous faut les porter à leur achèvement. Bonaventure sait bien, sa citation d’Ac 14, 22 le prouve, qu’il ne faut pas nous arrêter en chemin, mais aller jusqu’au bout dans la persévérance et l’accomplissement du bien !
Le Règne de Dieu est grand et possède ainsi trois qualités, auxquelles correspondent trois perspectives qu’il nous faut garder pour entrer dans ce Royaume :

le royaume est perspective à garder
long de son éternité sans fin l’éternité de la bonne volonté
large de son étendue incompressible l’immutabilité de la vérité gratuite
haut de son élévation sans limite supporter avec confiance les peines infligées

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SERMON DU TROISIEME DIMANCHE DE CAREME

Ce sermon, troisième dimanche de Carême, est le dix-septième des Sermones Dominicales édités par J.G. Bougerol (Grottaferrata, 1977, p. 252-258). Edition Quaracchi, t. 9, p. 222-224.

1. Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le Règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous .

[Prothème] Les lèvres du prêtre gardent la science et l’on cherche la loi de sa bouche, car il est le messager du Seigneur des armées . 5 Dans ce second verset tiré de Malachie, trois choses sont exprimées qui sont nécessaires à quiconque veut présenter la parole de Dieu. Et d’abord il y a la science qui régule, puis la langue qui exprime et enfin la vie qui confirme l’une et l’autre. En effet proposer la Parole de Dieu sans la science qui régule est dangereux, sans la langue qui 10 exprime est infructueux et sans la vie qui orne l’une et l’autre, c’est indigne. La science qui régule est notée quand il dit : Les lèvres du prêtre gardent la science ; les lèvres, ce sont l’intelligence et l’affect qui doivent garder et conserver le trésor de la science. La langue qui exprime, est notée quand il ajoute : et l’on cherche la loi de sa bouche. 15 La vie qui orne l’une et l’autre est notée quand il termine : car il est le messager du Seigneur des armées. Le prédicateur est en effet un ange sous l’aspect de la sainteté et de la pureté. Puis donc, très chers, que ces trois qualités me font défaut, il m’est donc nécessaire de recourir à Dieu le Père des lumières et au Dieu de toute consolation . Qu’il 20 daigne, par sa grâce, me réguler par sa science, m’orner par la sainteté de vie, pour que je puisse exprimer les choses qui sont à la louange et gloire de son nom glorieux et à la consolation de nos âmes. Amen.

[Sermon] 2. Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le Règne de Dieu est arrivé 25 jusqu’à vous. Le propre de la vérité c’est par nature de diriger [les hommes] vers le bien, pour cette raison Notre Seigneur Jésus Christ voyait avec l’œil de sa sagesse les pensées téméraires des Juifs. Ils disaient qu’il chassait les démons par Béelzebub, après avoir examiné leurs pensées et les avoir réfutées efficacement par des arguments imparables, pour les diriger 30 [vers le bien], il conclut au nom de la vérité le verset cité, disant : Mais si c’est par le doigt de Dieu etc. De cette parole on relève trois choses : la malignité de la malice du démon, l’immensité du pouvoir divin, l’utilité de la miséricorde obtenue. Premièrement il est question de la malignité de la malice du démon, quand il dit : Mais si [c’est par le doigt de Dieu que je chasse] les démons ; ensuite l’immensité du 35 pouvoir divin, quand il ajoute : par le doigt de Dieu, je chasse ; enfin l’utilité de la miséricorde obtenue en terminant : alors le Règne de Dieu vient de vous atteindre.

3. Il dit donc Mais si etc., c’est là qu’on relève la malignité de la malice du démon. Puisque grande est la malignité qui vient du démon, elle tue la créature si belle, c’est-à-dire l’âme faite à 40 l’image et à la ressemblance de Dieu. Et grâce à tous ses pouvoirs il la [l’âme] détourne de Dieu et la pervertit. Il rend aveugle le rationnel par l’erreur de la fausseté et de la malice, il déforme le concupiscible par l’impureté de la chair et de la luxure, il dérègle l’irascible par l’enflure de la vanité et de l’orgueil.

4. Premièrement donc la malignité du démon rend aveugle le rationnel par l’erreur 45 de la fausseté et de la malice. D’où il est dit : On lui amena un démoniaque aveugle et muet ; il le guérit en sorte qu’il parlait et voyait . Voici que le démon, par sa domination sur l’homme en qui il habite, le rend aveugle par l’erreur de la cécité et muet par honte de confesser le crucifié. Mais lorsqu’il est présenté au Christ, par la foi en lui en 50 soumettant son intelligence, la divinité suprême entre dans son âme : il est guéri des démons de cette cruelle malignité. Car ne peuvent cohabiter l’un et l’autre, le diable et Dieu, dans un même lieu ; en effet, le diable est grossier et gonflé d’orgueil tandis que Dieu est grand et élevé par l’immensité de son essence. La vue lui est restituée lorsqu’il 55 reconnaît en son cœur la première vérité et la parole lui est redonnée parce qu’il exprime oralement le credo de vérité, en effet qui croit en son cœur vient à la justice, qui confesse de sa bouche arrive au salut .

5. Deuxièmement la malignité du démon déforme le concupiscible par l’impureté de la chair et de la luxure. D’où il est dit en Tobie : Ce sont les gens qui se 60 marient en bannissant Dieu de leur cœur et de leur pensée, et se livrent à leur passion à la manière du cheval et du mulet qui n’ont pas d’intelligence : sur ces gens-là le démon exerce son pouvoir . Les gens qui se marient, par amour de la libido, excluent Dieu de leur cœur par l’impureté de la fornication et de leur esprit, par une délectation immodérée. L’homme 65 luxurieux est absorbé par le plaisir de la chair, de sorte qu’il se dédie totalement à la libido à la manière du cheval et du mulet, par naufrage de la raison. Sur un tel être le démon exerce son pouvoir pour le précipiter de péché en péché jusqu’à le faire rouler aux profondeurs de l’enfer, tel un vase qui, à force de tourner 70 de lieu en lieu, finit par tomber dans le puits.

6. La malignité de la malice du démon dérègle l’irascible par l’enflure de la vanité et de l’orgueil. D’où il est dit : vinrent à sa rencontre deux possédés de démons sortant des tombeaux, si dangereux que 75 personne ne pouvait passer par ce chemin . Les hommes possédés par les démons de la présomption et de l’orgueil, bien qu’ils soient élevés en apparence, par une présomption orgueilleuse dans leur cœur et une vanité ostentatoire dans leurs actes, au-dessus de tous les autres sur la terre, ils sont cependant, en vérité rabaissés d’autant et humiliés selon la règle infaillible 80 de la justice divine, qui est : Celui qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé . Si bien qu’ils sont ensevelis de leur vivant et habitent avec les démons dans les tombeaux de l’enfer. C’est pourquoi l’on dit : vinrent à sa rencontre deux possédés de démons sortant des tombeaux, si dangereux, à cause de la fureur de leur colère ; que personne ne pouvait passer par 85 ce chemin à cause de la malignité de leur haine.

7. La suite c’est : par le doigt de Dieu, je chasse ; on voit là l’immensité du pouvoir divin. Cette immensité du pouvoir divin se manifeste quand elle chasse le démon de l’erreur et de la malice, en illuminant le rationnel par la vision de la vérité première ; quand elle chasse le démon de l’impureté 90 de la luxure en enrichissant le concupiscible par l’union de la pureté et de la chasteté ; quand elle chasse le démon de l’envie et de la superbe en ordonnant l’irascible par la considération de la soumission et de l’humilité.

8. D’abord donc, l’immensité du pouvoir divin se manifeste quand elle chasse le démon de l’erreur et de la malice en illuminant la raison par la vision 95 la vérité première. D’où ce que dit Mathieu : voici qu’on lui amena un possédé muet. Le démon chassé, le muet se mit à parler . Un possédé par le démon de cécité et de la chute est rendu muet par refus ignominieux de confesser le Crucifié ; mais lorsqu’il est présenté au Christ, par la foi en lui, en soumettant son intelligence, 100 le démon de la cécité et de la malice est rejeté, par la descente de la sagesse illuminatrice, alors il retrouve la parole et peut exprimer le credo de la vérité. Il est dit la même chose en Luc : lorsqu’il eut chassé le démon, le muet se mit à parler .

9. Ensuite, l’immensité du pouvoir divin chasse le démon de 105 l’impureté et de la luxure en enrichissant le concupiscible par l’union de la pureté et de la chasteté. D’où il est dit : Le démon, sortit de lui, et celui-ci fut guéri . Et plus loin : Ce genre [de démon] ne peut s’en aller, que par la prière et le jeûne . Le démon sortit de lui, démon de la chair et de la luxure ; et celui-ci fut guéri par l’union de la pureté et de la chasteté. Mais le Seigneur 110 enseigne la manière de guérir et de chasser le démon, en ajoutant : ce genre [de démon] ne peut s’en aller, que par le jeûne, consistant à mortifier et réfréner le laisser aller voluptueux de la chair à l’extérieur et par la prière, consistant à réfréner l’ardeur d’une délectation immodéré à l’intérieur. D’où ce que dit Jérôme : "Par le jeûne on guérit la peste de la chair et par l’oraison la peste de l’esprit ." Plus la prière est pure et fervente, 115 plus elle est efficace pour expulser le vice de la luxure. D’où ce que dit Chrysostome : "Qui n’a pas triomphé par la prière ? Plus la prière a été célébrée avec pureté et ferveur, plus rapidement elle se débarrasse de l’ennemi ."

10. Enfin, l’immensité du pouvoir divin chasse le démon de l’envie et de 120 la superbe en ordonnant l’irascible par la considération de la soumission et de l’humilité. Ainsi Jean dit : c’est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors. Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes . C’est maintenant le vrai jugement de ce monde : qu’un homme meure pour tout le peuple à cause de la 125 rigueur fléchissable de la justice divine ; et que la nation tout entière ne périsse pas , à cause du décret immuable de la miséricorde promise. Donc le Christ pour détruire l’orgueil du premier homme, qui voulut se faire l’égal de Dieu, a daigné s’humilier, encore plus qu’Adam ne s’enorgueillit, 130 lorsqu’il se fit homme ; car un dommage n’est pas réparé, si la compensation n’est pas encore plus grande . Pour que, par l’unique lien de l’amour, il attire à lui, toutes les choses, c’est-à-dire de tout peuple et de toute nation, en prenant la partie pour le tout, il a voulu être élevé de terre par la mort honteuse de la croix. Et parce que le diable a mis la main sur un serviteur qui ne lui appartenait pas, c’est-à-dire le Christ, sur lequel il n’avait aucun droit 135 en suggérant à ses compagnons de le crucifier, ce fut juste qu’il perdît ce serviteur qui lui appartenait : l’homme captif. D’où ce que dit la loi : "Celui qui occupe injustement une possession qui ne lui appartient pas, doit perdre la sienne propre ." Ainsi le prince de l’orgueil, délesté du pouvoir qu’il avait sur l’homme son serviteur, parce qu’il mit injustement la main 140 sur le Christ, a été jeté dehors avec honte.

11. En troisième lieu, on note l’utilité conséquente de la miséricorde du côté du genre humain, quand il est dit : alors le Règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous, par la grâce baptismale en considérant le mal à rejeter, par la grâce pénitentielle 145 en considérant les difficultés à affronter et par la grâce finale ou de la persévérance en considérant le bien à parfaire.

12. D’abord le règne de dieu s’approche par la grâce baptismale en considérant le mal à rejeter. D’où il est dit en Jean : S’il ne renaît d’eau et d’Esprit saint, nul ne peut entrer 150 dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit . Parce que tous nous sommes nés fils de la colère et charnels en raison de la corruption de la faute originelle, ainsi nous avons été justement privés de l’héritage du royaume des cieux, et nous ne pouvons y parvenir que par la grâce baptismale qui nous rend très purs, spirituels 155 et comme de vrais héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ nous sommes transférés dans le royaume de son Fils bien aimé , parce que ni la chair ni le sang ne possèderont le royaume de Dieu, ni la corruption l’incorruption.

13. Ensuite le règne de Dieu s’approche par la grâce pénitentielle 145 en considérant les difficultés à affronter. C’est de cela dont parle Mathieu : 160 faites pénitence, le Règne des cieux s’est approché ! Ceux qui font pénitence ce sont ceux qui font de dignes fruits de pénitence en s’exerçant à des actions vertueuses pour maîtriser son corps à lui, en édifiant le prochain par de bons exemples, en honorant Dieu par de continuelles louanges. Ainsi celui qui veut que s’approche de lui le règne de Dieu doit-il faire de 165 dignes fruits de pénitence, en éradiquant de son propre moi tous les genres de vices, parce que celui qui est orgueilleux et altier, n’est pas digne d’entrer, car il se fracasserait la tête contre la porte humble et basse qu’est le Christ ; [n’en sont pas dignes non plus] l’envieux parce car tous sont solidaires ; ni non plus le colérique et l’agressif parce que là est la paix la plus haute qui surpasse toute intelligence ; ni non plus l’avare parce que 170 le trou [de l’aiguille resserré n’admet pas] le chameau avec ses charges ; ni non plus le glouton parce que le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson ; ni non plus le luxurieux parce qu’on n’y prend ni femme ni mari . Pareillement : la chair et le sang ne possèderont pas le Royaume de Dieu .

14. Enfin le règne de dieu s’approche par la grâce de la persévérance pour achever le bien. D’où il est dit au livre des Actes 175 : c’est à travers de nombreuses épreuves qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu . La raison en est que Dieu n’accepte personne dans son royaume si ce n’est un ami ; nul n’est son ami qui n’a pas finalement été testé par la patience dans la tribulation. Donc pour entrer dans ce royaume qui est grand par la longueur de son éternité sans fin, par la largeur de son étendue incompressible, 180 par la hauteur de son élévation sans limite, il faut toujours avoir en vue l’éternité de la bonne volonté, le caractère immuable de la vérité gratuite et supporter avec confiance les peines infligées à la misère humaine. Prions etc.